Rencontres de St Bertrand de
Comminges

Dans le prolongement de l'exposition "Un artiste un siècle",
qui durant une partie de l'année 2000 remporta un franc succès
sous les voûtes séculaires de la Basilique Saint-Sernin de Toulouse,
l'aumônerie des artistes du diocèse de Toulouse a proposé
à sept artistes de traiter le thème "La chair et Dieu"
suggéré par Arts-Cultures-Foi, et ainsi d'apporter leur contribution
à cet événement national.
Les artistes exposés en la Cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges
ont retenu deux moments, symboliquement forts, de ce que les théologiens
appellent l'histoire du salut : la création de l'homme par Dieu, qui
ouvre la Révélation biblique, et la passion du Christ que les
chrétiens lisent comme une re-création, une reprise de la création
des origines, gauchie par le mal et le péché.
Les textes qui accompagnent leur toile nous disent les interrogations d'hommes
et de femmes de notre temps qui, sans appartenance officielle à une Église,
une philosophie, une religion... ne s'en posent pas moins la question du mystère
de l'Homme et de l'avenir de notre monde.
Puisse leur questionnement rejoindre celui des nombreux visiteurs de cette
exposition qui, après Saint-Bertrand-de-Comminges, a été
présentée dans la Cathédrale de Roda de Isabena, en Aragon,
dans le cadre du jumelage qui unit désormais les cathédrales de
ces deux anciens diocèses pyrénéens.
Abbé Jakez Chilou (Aumônier diocésain des artistes)
Voir à présent le Père
Marcel BAURIER
Cathédrale de Saint Bertrand de Comminges - 31150 : http://www.cathedrale-saint-bertrand.org
Agathe Lyons
née en 1957 - Professeur à l'Ecole d'architecture de Toulouse
- Seysses 31
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Des ténèbres naquit la lumière. Des cieux jaillirent
terres et mers.
"Et creavit hominem ad imaginem suam : ad imaginem Dei creavit illum,
masculum et feminam creavit eos. Benedixit illis Deus..."
"Et Dieu créa l'homme à son image, et le créa
à l'image de Dieu.
Il créa l'homme et la femme. Et Dieu les bénit..."
Cette vision trop sereine, sans doute de la création, se concrétise
ici, par une utilisation raisonnée de la couleur en tant que matériau
structurant de l'espace. Elle scinde la toile en deux parts inégales
figurant un avant et un après. Elle dépasse ainsi le seul
cadre illustratif pour venir étayer le propos.
L'homme, objet fragile mais vivant, né des mains de Dieu semble
vouloir échapper à ce partage. À cet instant, le
doute qui s'empare de lui rend sa détermination initiale plus hésitante.
Mon souci a été de révéler la beauté
qui émergeait de l'acte même de création. Il dépasse
la
seule élégance du geste face à la matière.
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Madeleine Ducau
née en 1941 - Professeur d'Arts plastiques à Toulouse
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"L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière
de la terre, il souffle dans ses narines un souffle de vie et l'homme
devint un être vivant." Genèse - Chap. 2 vers. 7 -
"Au commencement était la Parole, et la Parole était
avec Dieu, et la Parole était Dieu... et la Parole a été
faite chair..." - Évangile selon Jean - Chap. 1 vers. 1
et 14 -
J'ai voulu évoquer ce "souffle de vie", cette "Parole
faite chair", cet acte créateur de la vie, cet acte fugace.
Je l'ai ressenti comme une abstraction et j'ai voulu le traduire plastiquement
ainsi, dans un relief polychrome.
Ce moment, c'est "l'étincelle", le "stimulus"
qui déclenche le processus de création de la chair, matérialité
et spiritualité, qui fait l'homme.
C'est cette genèse que j'ai tenté d'évoquer,
et alors que dans l'iconographie traditionnelle le Créateur donne
vie à un corps déjà modelé dans sa forme
définitive, je n'ai pas choisi de représenter Dieu et
la chair par des formes reconnaissables mais par une symbolique toute
personnelle.
Dieu serait alors une forme pure mais complexe dont la couleur lumineuse
et nuancée évoquerait l'immatérialité.
"L'action créatrice" serait marquée par une
couleur chaude, vivante qui irait en s'intensifiant. Je l'ai située
au cur de la composition, à l'articulation des divers éléments
qui la constituent.
La couleur est aussi présente par les bordures de la forme évoquant
Dieu, car elle est une énergie potentielle, énergie créatrice
nécessaire à l'action.
Les petits éléments, "atomes" flottant dans
le chaos, jusque-là séparés, reçoivent ce
"souffle de vie".
Le processus est en marche...
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Jacques Fauché
né en 1927 - Ancien professeur des Beaux-Arts de Toulouse
- Bérat 31
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Dans le registre supérieur du découpage vertical qui délimite
l'espace pictural figure le cryptogramme des manifestations du Divin,
signe emprunté à la tradition des kabbalistes languedociens
du IXIème siècle.
Cette figure permet d'évoquer l'Être infini et absolu celé
au sein de son essence, pur Esprit qui échappe à toute saisie
par l'esprit humain et donc, par voie de conséquence, se dérobe
forcément à toute tentative de représentation anthropomorphique.
Ainsi, grâce à cette médiation graphique, on a pu
ici, comme l'exigeait le sujet, mettre en présence cette réalité,
inconcevable par principe, avec les
témoignages charnels représentés dans le registre
inférieur du tableau.
Ce deuxième ensemble est la reproduction de l'image des "mains
négatives" peintes il y a plus de 25 000 ans sur les parois
de grands sanctuaires paléolithiques, mains mutilées et
pathétiques qui semblent implorer une divinité invisible
(confer les peintures de Gargas proches de Saint Bertrand).
Choisies pour évoquer "la chair", ces marques sont des
contre-empreintes qui, tout en dessinant les mains négativement,
laissent apparaître le support sur lequel elles sont figurées
: à Gargas sur les parois de la grotte, comme
elles le sont aussi ici sur celui avec lequel elles se confondent.
À la fois visibles quoique absentes, présentes mais absorbées
par le fond lumineux du tableau, faisant corps avec lui, ces marques négatives
évoquent, en quelque sorte, à cause sans doute de la disparition
des mains qui les ont produites, la "chair" ainsi transcendée
et donc partie prenante d'une probable "résurrection".
Avec la poussière ramassée sur le sol "Dieu a façonné
l'homme à son image selon sa ressemblance". À cause
de cela, cette créature singulière, éveillée
à la vie par le souffle divin, porte en soi une part divine, qui,
de ce fait, ouvre la voie de l'incarnation du Verbe, à sa venue
dans un corps réel, une chair réelle semblable à
la nôtre. Inscrit dès l'origine dans la création même
de l'homme, le rapport de la "Chair" à Dieu passe de
toute évidence par l'incarnation du Verbe.
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Guy Ducau
né en 1942 - Professeur d'Arts Plastiques - Toulouse 31
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S'interroger sur "la Chair et Dieu" c'est, me
semble-t-il, poser le problème de la création et en particulier
de celle de l'homme.
Dieu prend la matière informe, la boue, pour créer l'homme,
donnant ainsi forme et vie. La chair nous apparaît alors comme
la mise en ordre d'un chaos intemporel et uniforme. Elle est née
d'une combinaison précieuse et fragile, qui crée un être
biologique et mental chaque fois unique et périssable.
Les artistes chrétiens ont tenté par des symboles, puis
par des images, d'exprimer cette dimension divine incarnée. Sauf
dans quelques rares cas, comme dans les fresques de la Sixtine réalisées
par Michel Ange, l'immatérialité de Dieu amène
à sa non-représentation. C'est donc à travers des
icônes codifiés qu'ils évoquent Dieu et représentent
son incarnation(la chair)par l'image du Christ.
Pour ma part, j'ai imaginé Dieu intervenant dans
le désordre chaotique en choisissant des éléments,
qui assemblés et ordonnés créent un changement
de structure et font émerger la couleur. Cette intervention perturbe
et cristallise le chaos.
Ce dernier est symbolisé par un monde de formes indépendantes,
ne formant aucune structure repérable et pouvant s'étendre
ainsi à l'infini.
Pour qu'il y ait un minimum de lisibilité, j'ai souscrit à
la convention iconique évoquant, sous forme de "devinette",
les trois étapes qui me semblent marquées par le sceau
de la chair : l'annonciation - la nativité - la crucifixion.
Le choix des couleurs est déterminant, le bleu, le jaune, et
le rouge, matériau de base, primaire, manié par un Dieu"minimaliste"et
symbole des trois étapes de la vie.
La composition elle-même se veut évocatrice : continue
et informelle pour le chaos originel, elle est perturbée par
une oblique ascendante, pour la zone structurée dans laquelle
la matérialisation de la chair est évoquée.
Dieu n'est pas représenté, est-il même symbolisé
dans la toile?
On pourrait simplement considérer cette peinture comme un jeu
optique purement plastique.
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René Bascands
né en 1930 - Ancien professeur à l'Ecole Normale
de Toulouse - Saint Girons 09
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Participer, dans le cadre de "Arts-Cultures- Foi", à
l'une des expositions régionales d'art sacré, ayant pour
thème "La chair et Dieu", en août 2001 à
St Bertrand-de-Comminges, n'est pas sans poser quelques problèmes...
Tout d'abord pour accepter de représenter de quelque façon
le sujet imposé et donc d'en proposer une expression puis d'essayer
d'en maîtriser ses conséquences plastiques.
Ensuite, faisant retour en quelque sorte, pour tenter d'être au
clair par rapport à sa propre interprétation d'une telle
demande.
*Ainsi, pour moi, "la chair" c'est tout ce qui appartient à
la vie sur la Terre, depuis son origine.
*Et "Dieu", dès l'émergence de la conscience et
du langage chez les êtres humains, c'est la dénomination
du mystère du Monde.
*La rencontre de ces 2 termes, dans la religion catholique se résout
dans la figure du Christ, dont le calvaire me semble le schéma
insigne de toute vie humaine, que l'on croie ou non à sa divinité.
Le chemin de croix, pendant au moins 5 siècles (du XVème
jusqu'au XXème), en a été l'expression ordinaire
: c'est ce que j'ai repris.
"Penser au poids de la Croix, non à sa forme, c'est la porte
de ce Chemin".
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Marcel Ducos
né en 1929 - Artiste Peintre - Prat-Bonrepaux 09
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La Croix du Christ éclaire les Hommes.
Cette toile formée de cercles qui représentent l'Univers
est coupée par une verticale et une horizontale (la croix, les
couleurs, un bleu clair sur un bleu foncé).
Des tâches jaunes et oranges diffusent la lumière.
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Gérard Muro
né en 1950 - Artiste Peintre - Toulouse 31
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La mort, aux pieds de laquelle il se trouve, paraît dominer le
personnage central. Elle veille, absorbe, disloque, semble remplir le
ciel qu'elle aurait la prétention de disputer à Dieu.
En bas, une partie du corps de l'agonisant s'y disperse.
L'autre partie semble intégrer les nuées qui s'emparent
de ce corps défait, en proie à toutes les contradictions,
brûlant de prière, sanglant et lumineux, mourant et renaissant,
sublimé, détruit.
On peut imaginer Dieu et la mort dans l'exercice d'une complicité
antique et structurelle, à laquelle le Christ même n'a pas
échappé.
La mort de la chair n'est pas son démon. Elle est son épreuve
de vérité.
L'agonisant tient le regard clos sur sa prière, comme si, dans
cette nuit façonnée par le vent, il tentait de percevoir
la voix de l'ange.
Tiré vers le haut par l'assurance de la vie, happé en bas
par la certitude de la mort, le cur de la chair s'insurge.
Il porte en lui l'invisible croix de l'anéantissement et, à
bout de
force, affronte un enfer de désespoir.
C'est pourtant dans ce cur de chair, insurgé, abattu, que
se forge l'espoir de la résurrection.
C'est de ce coeur de chair mourant et rebelle qu'irradie l'attente de
l'éternelle transfiguration.
Gethsémani (Triptyque, partie centrale)
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Voir aussi sur le thème "La Chair
et Dieu, le site "Artistes-en-dialogue" 
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