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La Chair et Dieu
- Bretagne -

Voici des extraits d'une exposition et un texte de réflexions sur la "Chair et Dieu" réalisé et écrit par Joseph Thomas. Il s'est inspiré des sculptures des églises bretonne.
Les photographies sont de Maryvonne Le Penhuizic.

Joseph Thomas met cette exposition à la disposition des personnes qui désireraient participer à la réflexion sur ce thème.
Celle-ci est contituée de trente photos encadrées 4Ox50 cm complétées par des textes imprimés 20x15.
S'y ajoute un texte calligraphié de 70x90 cm. L'idéal est la fixation sur chaîne descendante.
L'expo fait unité, l'espace doit être éclairé (spots) si possible.
Elle peut être placée dans une abside d'église s'il y a une sécurité suffisante. Une salle convient mieux

Vous pouvez prendre contact avec Joseph Thomas à l'adrersse suivante : marie.soleil@worldonline.fr

Contenu :
Présentation de l'exposition
Extraits de celle-ci
Réflexions sur le thème de "La Chair et Dieu"

Voir aussi sur le thème "La Chair et Dieu, le site "Artistes-en-dialogue"



La Chair et Dieu

Il a fallu trouver dans la multitude des représentations bretonnes, celles qui disaient le mieux la simple humanité, celle de la transparence de la chair, non pas déliquescente et fade mais simple offrande. Une main qui s'ouvre, un visage qui se reçoit d'un autre. Un corps qui s'expose radicalement nu parce que habité.

Simplicité, sine plex, sans pli. Il n'y a pas d'autre voie que le dépliement d'une liberté qui, sans honte se laisse visiter radicalement. A la racine. La chair : non pas l'épure idéalisée mais comme le déploiement léger et sobre d'une liberté qui s'offre. Une main qui se lève à la loyale, en guise d'acquiescement. Un Visage là.

L'être-Chair, c'est ce qui en moi se reçoit d'un autre, de l'Autre. La chair : le point en moi qui ne se satisfait pas de soi et vit le manque-à-être. On devient " chair " aussi dans la conscience de ses blessures, dans la prise de conscience de sa fragilité, dans la conscience d'une vie marquée au coin de la réceptivité dans l'Etre. Le psalmiste se plait à dire la caducité de celui qui ne se croit pas autosuffisant, et la grandeur devant Dieu de celui qui vit sa vie en réceptivité. Il se tient d'un Autre. Pas dans l'autosuffisance. Il est dans la main de Dieu. Main dans la main avec Dieu. " Comme un ami parle à son ami " disait-on de Moïse, lui-même. La chair est alors élevée à la dignité divine. Elle n'est plus fermée mais " ouverture essentielle ". Elle n'est plus cerclée de certitudes, mais en alliance, donnée. C'est bien pourquoi c'est finalement une hymne à la chair que la Bible. Une hymne à l'alliance. Une hymne au corps de l'homme lieu de la rencontre. Une hymne à la chair épousée, au corps livré, à la main Offrande, au Oui des gestes les plus divinement humains.

Joseph THOMAS - Tréhorenteuc, Noël 2001

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L'exposition

Détail (pas facile à trouver!) à l'intérieur de l'église deGuimillau

On dit la Bretagne
si pudique,
presque effarouchée...

Comment ne pas sourire
quand la pierre vous dit là,
le rayonnement total
des corps qui s'épaulent,
en simple vérité,
en nudité exposée,

"Marche en ma présence
et sois parfait".

 

De la fontaine de la Trinité (près de Cléguerec, Morbihan)

Plus discrète fontaine,
vous ne trouverez pas.
Un rien de pierre
et le soleil éclaire un
concentré majeur
du Mystère :

"La fragilité même de
l'Impassible,
devenant pour nous,
le Si proche,
...jusqu'à l'extrème
abaissement"

Lumière irradiante.

 

Eglise Notre Dame des grâces (près de Guingamp - 22) Détail de porte extérieure

Pas d'abord la morale,
surtout pas d'abord...

Rien que l'Avènement
durable :

"Qu'une Chair accordée
ait sonné juste à ce point,
d'un Oui si clair,
si fragile et si fort,

...que l'Absolu
n'y a pas résisté".

 

A l'intérieur de la chapelle Saint-Maudé (La Croix-Helléan) près de Josselin

L'ange-messager,
tout en appel d'enfance,
s'émerveille :

"L'Infini a touché CHAIR".

Il ne fait qu'esquisser
la proclamation
du "Mystère".

 

La verrière de l'église de Languidou (près de Tronoën)

Les murs sont défaits
L'enclos est dévasté,
Il n'y a plus de Temple,
et c'est tant mieux.

Puisque désormais
la frontière est poreuse
entre la Chair et Dieu.

C'est sur la nature qu'Il a
mis le sceau royal
de la Victoire.

"Il parlait du Temple de
Son corps" (Jean).

 

 

En ce temps-là, ...

La CHAIR se désolait de n'être vraiment
que cette fragilité en herbe.
Elle était toute affolée d'être soumise ainsi,
aux influences diverses...
Elle s'effilochait.

N'y tenant plus, elle se décida pour de bon
à se clôturer en perfection.
A faire disparaître les écarts :
........Rigueur et fermeté
........Sagesse,
........Purification du trop de poids, ascèse ...
........Kantisme en tout genre. "Il faut"

Ce qu'elle gagnait en rigueur
se durcissait si vite en "pouvoir" menaçant.
Même la Philosophie, si charnelle séductrice,
Se décantait, à bout de souffle.

"Ce qui est né de la chair, est chair..."

Même la sagesse
Même la vertu
Même l'ascèse.

Tout juste si se creusait ainsi l'espace d'une attente

Sans doute la Chair est-elle, en son fondement,
l'espace de l'attente,
Juste l'espace creusé de l'attente.
Une échelle qu'on escalade à l'infini,
trop courte, trop raide...

C'était à n'y pas croire
Par quelle magie,
Lui, a désescaladé les cieux.
La porte s'est entr'ouverte
L'échelle a glissé sans bruit
Les anges se sont engouffrés.
Et Lui a touché terre, quelque part,
En quelque désert
En quelque nomade's land
Il a planté sa tente ...

C'est Lui qui a pris chair.
la Chair du coup s'est étonnée d'elle-même.
Elle a pu s'embellir
Elle a pris de l'assurance,
A l'improviste,
A l'humaine, Incognito
Dans les coulisses.

Il a déboulé la pente et désormais à nouveau
Le Ciel s'est incliné
la chair accouche de Dieu
la chair s'acclimate à Dieu

"Ce qui est né de l'Esprit, est Esprit..."


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Réflexions

La Chair et Dieu

Les deux mots s'entrechoquent ci semblent se disjoindre à l'extrême. Le premier, versatile, évident se tient en scène. La chair s'expose sans ombre. La voilà. Elle a les marques chatoyantes de ce qui passe, sans insister. Le contemporain est sans cesse présent à la variété indéfinie de la chair, présence des choses qui l'assaillent, présence des corps qui se donnent, se montrent à l'avenant. Dans la dérision ou la générosité. " C'est mon choix! " La voilà la chair dans sa versatilité, sa permanence, son risque quotidien. La chair dit de manière usuelle, le moi exposé, dans son originalité, sa surface, son évidence corporelle, ses mutations, sa fragilité. La chair a le goût du changeant, du ludique, du fragile. Quelque chose de flasque et d'inconsistant, voire d'évanescent. Chair dérisoire qui serait tout le contraire de l'impavide tonicité de l'Absolu.
Pour dire Dieu, l'autre terme, vous gommez, vous évitez, vous supprimez. Le reste est alors ce qu'on dit être Lui. C'est un mot pur comme un diamant mais vide. Qui se décline par le manque à être tel ou tel.
Il existe quand rien n'est.

 
Voilà bien la démarche du grec qui est en chacun. Platoniser, quoi de plus naturel à la belle âme Vous visez toujours le par-delà à partir de l'insatisfaction qui vous est connaturelle. Ce n'est pas assez. Pas assez de beauté, pas assez de vérité, de justesse, de beauté. Par delà... il y a bien le plus de tout qui ne vous laisse jamais en manque. Puisqu'il qu'il est le plus possible de cette clarté sereine que vous recherchez. Dieu ce tout de l'Etre à condition qu'il soit le rien de tout... Il n'est ni là, ni lui, pas encore cela. Neti, neti. Denys enchante quand relu à travers les yeux de Thomas d'Aquin il dit le Superessentiel de l'Etre qui est tout Lumière mais sans l'évidence trompeuse de la chair.
Dieu tout le contraire de la chair
, tout le contraire du présent, tout le contraire de l'ego. Tout le contraire de l'évidence. Au contraire, les choses vous assaillent et constituent le présent des réalités denses, en permanence renouvelées, claires. Elles s'imposent d'elles-mêmes. Chair aussi évanescente que présente, pressante, et chatoyante.
Dieu contre la chair
. La chair dispensant de Dieu.

Les concepts usuels " la chair ci Dieu " n'ont donc rien pour s'entrelacer. Il est patent que l'on peut exacerber l'antagonisme des termes C'est bien ce platonisme à usage du peuple qu'a distillé au long des générations le christianisme de l'occident, jusqu'à aujourd'hui. Plus d'un, a hérité de générations pasteurisées comme disait Nietzsche, le non attachement à la faillibilité du présent pour mieux étreindre l'Absolu. Et pour ce faire : gommer. Se complaire à dire la faiblesse du présent, l'excès toujours possible du plaisir. J'ai, quant à moi, tout près de moi, la douleur des morts, la crainte du plaisir, la constance de la fragilité. Mélancolie durable de la race bretonne, dure au travail, âpre, peineuse, silencieuse. La mer y était un champ de bataille, on s'y coltinait dans la dureté des récoltes des laminaires, des années durant. Jamais pour s'y reposer. La mer redoutable et dévoreuse. Si proches : parents et grands-parents, les miens, qui ne pouvaient s'imaginer se baigner, prendre du repos dans l'océan, ou sur le sable. Sans doute n'est-il rien de plus redoutable pour la croyance que ce soudain passage à l'évidence du corps nu, sain et libre. En l'espace d'une génération, ce pays-là sera passé de la crainte la plus noire qui cache et se cache, à la nudité la plus démonstrative. Comment n'y aurait-il pas révolution? Dans la même logique, à 13 ans ou 14 ans, des éducateurs en étaient encore à découper des dictionnaires avant de les transmettre indemnes de toute évocation de chair. Encore en 1960 et quelques... En quelques décades, le dévoilement n'est plus banni, il s'étale jusqu'à la démesure

 

Comment ne pourrait-on pas changer de Dieu?
Le platonicien doublé d'un stoïcien prudent, pudique cherchait Dieu dans l'absence, l'absence de trouble, l'évitement de la chair, la dénégation de l'humain trop humain. Le religieux est doublé alors du philosophe qui cherche l'écart, le stable, l'idéal. Pour ce faire, Dieu est dans le dépassement de la variabilité de la passion. Dieu dans l'absence de trouble. Dieu ailleurs.
Dieu clôture.
Y aurait-il alors faillite de tout un système? Y aurait-il une révolution sociale telle qu'elle rendrait nulle et non avenue toute parole un peu forte sur Dieu? Après le raz de marée du corps exposé, de l'image médiatrice universelle, la démesure du jeu virtuel de la passion, tout azimut, n'y aurait-il d'autre issue pour Dieu que le refuge ascétique?
Comment dire Dieu autrement que dans l'ailleurs de la chair?

Une révolution souterraine S'est pourtant installée à même le christianisme. Plus encore, le christianisme a cessé de s'helléniser et de philosopher à la platonicienne. Elle a réhabilité la vieille logique juive que la prière psalmique a toujours maintenue malgré les couches de la métaphysique grecque. Le fleuve biblique s'est dégagé, élargi. On a cessé de penser d'abord philosophie. On a mieux redit l'héritage biblique. On s'y est engouffré. Et par là, on a retrouvé la terre chamelle, vivante, conviviale. Il y a une logique inversée de la tradition biblique, juive qui renverse le bel idéal platonicien de l'ascéité. Ce renversement se dit teshouva ou encore mieux tzim tsoum. C'est que la logique ascendante qui vous conduit à atteindre la perfection par dégagement du charnel périssable, lascif, instable, est remplacé par la logique descendante de qui creuse en soi l'espace pour le laisser être. On ne va pas à Dieu en se dégageant du sensible.
On lui prépare la place au creux même du sensible.
Dieu n'est pas d'abord au bout de l'idéal, il est l'hôte qui s'invite dans la chair. On n'atteint pas Dieu, il s'infiltre, inattendu, en s'insérant de lui-même et sans mérite dans le jeu inévident de nos rencontres. Il aime non pas la transparence de l'éther mais la plurialité de nos occasions fortuites.
Il se n'atteint pas par tension, il se livre, il est là
.
Il aime la tranquille opacité de ce présent pleinement là dans les actes des hommes.

 

Dieu et la chair.

Cela change tout. Il n'y a pas à se décanter de toute émotion pour se livrer à l'impassibilité. Il n'y a pas à se distendre vers l'Infini. Mais préparer sa simple forme humaine à le laisser advenir, lui, quand il lui plaira.
A l'improviste. Incognito. A l'humaine.
Il est là au plus présent des hommes, pas dans la distance. Pas dans l'impasse. Il se fait possible, passible. Il se fait présent au creux des occupations de l'homme. Voilà pourquoi " la Chair et Dieu " a l'étonnement tranquille de la présence de Dieu à même l'humanité, au ras de l'humanité.
Il se plait dans le présent de nos vie.
Il se plait dans la quotidienneté. Il aime le poids de l'homme. La Gloire de Dieu n'a pas la démesure du triomphe mais le poids de l'offrande. Il n'est que cela : la nostalgie d'une offrande.
La Chair est bien son lieu.

Quand à même la fragilité d'une liberté se fait l'élargissement en forme de Oui. Quand se dilate un cœur simple. Quand la vie chante, sa lumière s'installe.

 


Joseph Thomas : marie.soleil@worldonline.fr


 

Mise à jour du 16/02/2002.....Haut de page Haut de page.......Retour à l'accueilPage d'accueil