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Je vais bien, ne t'en fais pas

affiche du film : Je vais bien, ne t'en fais pas

Philippe Loiret


Film français 1h40mn
Genre : Drame psychologique
Produit en 2005

Avec Mélanie Laurent (Lili)  Kad Merad  (Paul)  Julien Boisselier  (Thomas)  Isabelle Renauld  (Isabelle)  Jean-Yves Gautier (le médecin-chef).


Lili revient de vacances en Espagne. Au pied du car qui l’a transportée, elle retrouve les siens avec joie, du moins dans les premières minutes ! Où donc est Loïc, son frère jumeau ? Le temps de présenter à ses parents, les amis qui l’accompagnent, et les voici tous les trois en voiture pour rentrer à la maison.
« Ton frère Loïc est parti ». Voici le résultat d’une nouvelle mésentente avec les parents. Avec son père surtout. «  Mais pourquoi ? » rétorque Lili,  « pour sa chambre en désordre ! ».
Qu’il est difficile de vivre en famille !
Et tandis que roule la voiture vers Draveil, Lili se précipite sur son portable. « Loïc, où es-tu ? Laisse-moi un message ».  Elle n’aura pas de réponse.

De jour en jour, la quête se poursuit. Loïc ne réagit pas, lui si proche de sa jumelle. La pression monte au sein de la famille. Lili s’enferme en elle-même. Seuls ses amis, Léa et surtout Thomas, reçoivent ses confidences : invraisemblable silence de son frère, qui la touche et la mine. Réactions incompréhensibles des parents qui paraissent tellement lisses en cette situation de plus en plus insupportable. La rupture d’équilibre ne tarde pas. Dépression, désespoir. Anorexie.  C’est dans un service psychiatrique qu’on la  retrouve. L’épreuve est terrible. Elle aggrave encore la souffrance par la raideur du corps médical qui n’entend pas, enveloppé dans ses certitudes. Après une tentative d’évasion organisée avec le concours du couple ami, mais qui échouera, on approchera de la catastrophe.

Pourtant, heureuse carte postale de Loïc…. Il est à Rennes, mais aussi ailleurs… il se déplace, il fait son expérience. Sa guitare l’accompagne. Il vit sa vie. Il n’oublie pas Lili qu’il aime si fort. « Non, vraiment, ne t’en fais, je vais bien ! »

De courrier en courrier, nous assistons à un vrai parcours du combattant. Il éprouve Lili ; nous aussi avec elle. L’intrigue nous saisit. Le drame couve et s’étoffe. En effet, chaque carte postée donne des nouvelles du jumeau à sa jumelle, mais aussi commente les raisons qui, selon lui, l’ont poussé à quitter la maison. C’est, à lire Loïc, à cause de ce père minable, dont la vie est ratée et qui entraîne tous les siens dans sa médiocrité. Nous prenons connaissance de ces contenus tandis que la mère est près de Lili lorsqu’elle lit, à voix haute, chaque nouvelle carte tandis que son père, en arrière-plan, entend le mépris dont il est l’objet. Qu’en termes terribles et crus Loïc accuse son père, cause du malheur !

Thomas, lui, a quitté Léa car il sait son cœur attiré par Lili. Il tente de le lui faire entendre. Mais les forces de celle-ci sont ailleurs. La place est pour Loïc et pour lui seul. L’absent si présent !
Voilà bien pourquoi Lili prétendant partir en Creuse, s’en ira, au contraire en bord de mer, où elle est certaine de retrouver son frère. Mais là quelle stupéfiante découverte !

Pour ceux qui n’ont pas vu ce film, il convient d’arrêter ici ce récit.
Lorsque la vérité sera connue de tous, une étape nouvelle sera franchie par chacun, mais à quel prix !

Voici un film d’une grande justesse. Il nous offre une situation à la fois simple et difficile à assumer par ceux qui la vivent. Chacun des acteurs interprète avec finesse la dimension dramatique qui lentement se dégage d’une réalité que l’on ne saurait imaginer. Tout est en nuance pour que le tact qui s’impose ne vienne jamais gâter cette histoire vécue par cette famille ressemblant à tant d’autres. L’émotion nous étreint ; elle nous conduit à une secrète révolte intérieure. Elle révèle au final notre imprudence à prendre parti sans avoir tous les éléments. En  ce sens, elle nous en apprend sur nous-mêmes, incorrigibles et incapables de prendre le recul nécessaire. Les dialogues sont d’une grande sobriété. Ils en appellent souvent aux allusions et aux sous-entendus tels que tant de familles les pratiquent. La douleur de chacun est en filigrane à tout moment, comme s’il était à la fois indispensable de la partager et impossible de l’exprimer. C’est une crise de croissance pour les jeunes mais aussi pour les parents. Il faudra cette épreuve décapante pour que chacun puisse naître et devenir,  mais dans une mise au monde qui touche de près la mort en tous ses états.
Mélanie Laurent dans sa brutalité nous entraîne dans son épreuve et sa danse avec la mort. Ses parents sont magnifiques dans leur épreuve, que n’a pas encore évaluée leur fille. Isabelle Renauld est une mère attentive qui cherche à faire front dans une complicité mesurée avec sa fille. De son côté, Kad Merad, nous offre un visage de douleur qui renvoie magnifiquement le mépris dont sa fille l’accable, dans son incapacité à se distancier. Quant à Julien Boisselier, tout en nuance, il avance tour à tour timide jusqu’à la maladresse et audacieux dans un amour inventif. Eux tous, avec tous les autres apportent une belle unité dans la complémentarité.
Quand nous saurons la vraie raison pour laquelle Loïc est parti, nous pourrons relire cette histoire qui nous a entraînés, nous aussi, dans le mystère d’une disparition incompréhensible.

Quelques propositions pour attirer notre attention.

Ce qui est ici proposé peut parler à l’un ou l’autre, chacun selon ce qu’il vit et ce qu’il est. Pourquoi ne pas accueillir avec une particulière attention ce qui nous semble totalement étranger !

 

Familles, comme votre tâche est lourde !

Nous voici plongés dans le vécu d’une famille qui ressemble à tant d’autres. Rien de choquant, rien de scandaleux. Elle est le creuset de relations complexes. L’habitude a pris le pas sur toute spontanéité. Les positionnements sont en place et rien ne semble capable de les remettre en cause. Chacun croit connaître l’autre avec sa capacité à entendre ou ne pas entendre ; avec l’image définitive qu’il donne de lui-même aux autres et que les autres ont de lui. Tout est bouclé d’avance. Ainsi, dans ce récit troublant, une seule explication semble possible pour Lili. Elle s’y enferme. Mais c’est parce que ses parents l’estiment incapable et se sentent incapables de lui donner la clé qui donnerait le sens.
Ce sera même l’humiliation du père, acceptée et même provoquée, qui sera la stratégie retenue par le couple. Un recul salutaire aurait permis d’évaluer que c’était une impasse plus terrible que la vérité. Le spectateur n’est pas plus malin qu’ils ne le sont eux-mêmes. En effet, quel est donc le mensonge qui justifie un tel silence et une absence aussi cruelle ? Faut-il parler ou se taire ? Est-ce enfin le moment
d’avancer vers la solution de l’énigme ? Combien de temps faudra-t-il attendre ?
Cette famille amputée crève de ne savoir se dire l’amour qui l’habite et qui s’est caché dans des a priori protecteurs. La violence est le pur produit du secret trop lourd que veulent garder celé ceux qui le détiennent.

Lourde tâche que celle de la famille. Chacun doit apprendre à s’y positionner dans la justesse. Ici les parents sont dépassés par le vécu qui s’impose à eux. Educateurs d’une fille encore si jeune et pourtant déjà si grande par l’âge, ils sont eux aussi en train de se construire. Ils font l’apprentissage de la douleur et ne réussissent pas, tant ils souffrent, à dégager un espace pour que la parole puisse se poser et que Lili entre dans la réalité. C’est bien que le secret les mine tous. Il y a des secrets qui sont destructeurs et auxquels il faudrait tordre le cou afin que la vérité advienne et engendre enfin un peu de liberté.

Peut-on penser que ces parents submergés qui aiment leur fille n’ont pas envisagé qu’une aide extérieure pouvait se faire médiatrice ? Lili a vécu l’enfermement mais aussi ses parents. Constatation d’autant plus évidente que les amis de leur fille et spécialement Thomas, amoureux secret de Lili, sera celui qui, au final, permettra qu’éclate la vérité.
Sans doute, faut-il se souvenir que la famille a pour mission d’offrir la croissance en toutes ses dimensions avec comme finalité la capacité pour ses enfants à la quitter dans la reconnaissance mais aussi dans la distance. Rupture douloureuse comme toute rupture, mais seul chemin de vie.
Ici nous mesurons tout le drame vécu par Lili. Elle est encore si peu mature. Il est bien vrai qu’elle et son jumeau ont instauré une relation unique que seuls peuvent vraiment comprendre ceux qui en vivent l’expérience. Ils ne peuvent exister, pour le moment, l’un sans l’autre et c’est bien pourquoi elle se laissera dépérir jusqu’à ce que lui parvienne enfin une première carte postale.

Quel regard impitoyable porté sur le milieu psychiatrique !

Avec beaucoup d’habileté, le scénario nous montre Lili plongée dans une pathologie aux effets terrifiants. Refuser la nourriture est pour elle le chemin par lequel elle affirme son attachement viscéral à son jumeau. Le chef du service, où elle est admise de force, est un homme rigoriste, totalitaire, sans nuance. Sa discipline a fait ses preuves. Il en est sûr. Il est tout-puissant. Au centre de l’action, non pas Lili pour elle-même et à son écoute, mais Lili pour prouver que cette science est exacte.  Ainsi verrons-nous le combat entre le médecin et les parents qui, finalement et bien tardivement, oseront affirmer qu’en l’occurrence, ils connaissent eux aussi leur fille. Ils rappelleront à la science suffisante  que c’est la malade qu’il faut écouter à travers ce que crie son corps.
On peut estimer que l’outrance ici est discutable. Disons qu’elle met en valeur la douleur extrême d’une jumelle qui a tout perdu en perdant son jumeau. Mais aussi qu’elle invite la science à l’humilité.
Au terme de ce film, ce sera l’autre, Thomas,  extérieur au nœud familial qui, tel un prince charmant, éveillera celle qu’il aime mais aussi les propres parents de Lili qui ont contribué à cette léthargie !

Croissance et souffrance.

Cette histoire est d’un réalisme puissant. Elle n’a pourtant rien d’extraordinaire, mais le chemin qu’elle nous invite à parcourir est révélation de ce qu’est la vie dans tous ses déploiements. Au terme de ce film, nous savons enfin où se trouve Loïc, ce qu’il est devenu, quel a été son parcours. Pour chacun des protagonistes ce fut une grande souffrance. Par l’évènement lui-même, mais aussi une souffrance ajoutée par la manière dont chacun s’est situé. Pas de mal voulu pour lui-même. Mais un mal mystérieux fruit d’une opacité ambiguë. Une culture du secret qui n’avait pas sa raison d’être. Allez savoir par quel amour offert, par quelles larmes répandues, petit à petit, chacun est sorti de sa prison en grandissant dans la compassion. Certes, la confiance a manqué,  peut-être le fruit d’un manque d’audace à questionner ou bien une incapacité à dire ou encore une inaptitude passagère à entendre !
Comment ne pas contempler ici le Christ qui nous révèle, de manière éblouissante, que croître en un amour authentique et qui fait vivre ne s’accomplit que dans l’acceptation de voir mourir en nous tout ce qui est trop étroit pour notre envergure profonde. Vivre dans une authentique  croissance est toujours source de souffrance. Non que nous cherchions cette posture mais parce que telle est la dynamique d’une métamorphose. Un peu comme une carapace dans laquelle on souffrirait parce qu’on a grandi et qu’elle nous blesse, jusqu’à ce qu’elle éclate pour que nous soyons à l’aise.
Voyons la dernière image. Elle est d’un grand réalisme. Devant nous, Lili et Thomas dont elle accepte l’amour, s’avancent d’un pas décidé. Derrière eux, les parents des jumeaux se serrent l’un contre l’autre : l’amour s’est réveillé entre eux. Et pourtant, Loïc n’est pas avec eux. Du moins à la manière dont le souhaitait Lili à son retour d’Espagne. Tous pourtant, ont le sourire. Il exprime la victoire de la vie, de la vérité, de l’amour purifié. Il y a des ruptures qui libèrent. Il y a des distances qui permettent de respirer.

Selon la manière dont chacun s’investit en cette histoire qui ne peut laisser indifférent, ne peut-on pas se poser la question de savoir si nous ne jugeons pas trop vite avant d’avoir tous les éléments ?

Si l’hypothèse se vérifie, on pourra dire alors qu’un tel film nous apprend beaucoup sur nous-mêmes !

 

 

Arts cultures et foi des Yvelynes
Père Claude TOURAILLE
Délégué diocésain pour Arts-Cultures-Foi
Versailles

Arts Cultures Foi  du diocèse Versailles propose des analyses invitant à la réflexion à partir de films qui soulèvent questions et provocations. Il s’agit d’affiner notre discernement pour mieux répondre aux défis de notre temps.

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Vous trouverez aussi ce texte dans «Esprit et Vie» n° 162 et sur le site www.esprit-et-vie


 

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