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Sophie Scholl les derniers jours

Marc Rothemund



Film allemand 1h57mn
Genre : Drame historique
Produit en 2005 - Sorti en France en avril 2006

scénario : Fred Breinesdorfer
Avec Julia Jentsch (Sophie Scholl) Fabian Hinrichs (Hans Scholl) Alexander Held (Robert Morh)

 

L’Allemagne nazie est plongée dans la nuit la plus noire. Depuis ce jour néfaste de 1933 où le Maréchal Hindenburg, malgré ses affirmations massives, a fait appel à Hitler dont il disait, précédemment, ne pas vouloir même faire un sous-secrétaire d’Etat aux Postes. Le totalitarisme monte en puissance. Le malheur s’abat sur un peuple aveuglé.  Les hommes politiques n’ont rien vu venir ou plutôt, ils ont cru pouvoir maîtriser les courants contraires. Dans un premier temps, les militaires sont heureux de voir une revanche possible au terrible Traité de Versailles. Les Eglises sont dans l’ambiguïté. Eglise de la Réforme piégée par le pouvoir, elle ne se dégagera avec courage, pour certains de ses membres, que dans une positon confessante. Eglise catholique, trop peu lucide, elle ne sauvera son honneur que dans la détermination des Faülhaber et Von Galen, deux évêques réagissant comme des lions, mais bien seuls !
Lentement mais inexorablement, la bête immonde étend ses tentacules, souvent dans le secret,  toujours dans une violence destructrice. Les Juifs sont dans l’œil du cyclone.
Il n’est pas possible ici d’analyser les causes si complexes de ce drame en préparation. Mais comment ne pas évoquer ce lent processus national dont les conséquences internationales sont tellement visibles ! Les accords de Munich seront reçus comme un soulagement qui n’est, en fait, qu’une effrayante anesthésie du courage.
« Vous avez voulu éviter la guerre » avait affirmé Churchill au retour de Chamberlain, le Premier Ministre, roulé par Hitler « Eh bien ! vous aurez la guerre et le déshonneur ! »
C’est dans ce contexte que le peuple, réunit à Nuremberg, répond avec enthousiasme aux invitations fanatiques de Goebbels. Il présente le Führer qui maintenant annonce un règne de mille ans pour le IIIẻ Reich. Envoûtement et illusion, la nation est entrée dans la dénégation. Elle a perdu ses repères. C’est une marche au pas collectif, ponctuée par le mensonge. On ne parle plus, on n’échange plus, on ne réfléchit plus, on aboie. Ce peuple est mort !

Comment dans cette situation critique pouvoir expliquer la lucidité et la force de présence d’une infime minorité de la trempe de Sophie Scholl et de son frère ?  Nous sommes à Munich le 17 février 1943. Un groupe de jeunes étudiants veille ; ils sont si peu nombreux ! Quelques-uns d’entre eux dont Hans, le frère de Sophie, ont constitué une cellule de résistance. Son nom : la Rose blanche. Son objectif : dénoncer l’idéologie nazie et ses crimes, par une action secrète.
La sanglante défaite de Stalingrad, durant laquelle Hitler a clairement manifesté sa folie dans son incapacité à appréhender le réel, a saisi les plus lucides. Face à la mort de milliers de jeunes sur le front russe, comment ne pas réagir ?  C’est pour cela qu’une opération est prévue afin de diffuser des tracts, tous azimuts, dans les locaux universitaires. Elle est préparée avec minutie. Hans et Sophie, en toute lucidité et maîtrise, parcourent les étages et les couloirs du bâtiment, pendant que les étudiants sont en cours. Les appels à la révolte sont jetés du haut des étages dans le grand escalier. Sans doute imprudents pour vouloir trop bien faire, le frère et la sœur sont  repérés par le concierge qui avertit la Gestapo.  Les voilà arrêtés. Nous sommes le 18 février.

S’agit-il d’un film d’action ? La lenteur constitue son déroulé. Nous assistons aux premiers interrogatoires. C’est maintenant Sophie que nous voyons affrontant le policier Robert Mohr, un parvenu qui a senti le vent venir… Elle est digne. Elle est intelligente. Il est pervers et obstiné. Elle a réponse à tout, que ce soit quant à la forme de l’action et quant au fond qui justifie son choix. Son frère est lui aussi, ailleurs, soumis aux mêmes questions. Il est moins fort mais tout aussi courageux. Ils sont confondus.
On a pourtant senti fléchir le policier ébranlé par la grandeur d’âme de cette toute jeune fille. Qu’est-ce donc qui la fait agir ? Sa confiance en un Dieu qui éclaire les cœurs. Pourquoi s’obstiner alors qu’il serait peut-être prêt à fermer les yeux et à la libérer ? Parce que sa conscience l’oblige à tenir, face à la violence objective qui avilit et détruit. Quelle force du Souffle de l’Esprit dans une telle fragilité !
Nous sommes dorénavant dans le procès qui s’instruit. Il ne laisse augurer que le pire pour ces deux jeunes mais aussi l’un de leurs amis, marié et père de famille. Ils voudraient, à tout prix le voir épargné. Ils cherchent à protéger.

Les choses ne traînent pas. Nous retrouvons ces trois jeunes au banc des accusés. Hans et Sophie sont droits debout ; ils ne provoquent pas, c’est là leur force. Leur ami Christophe Probst s’écroule : que deviendront sa femme et ses enfants ? Il est prêt à tout pour les sauver et lui avec eux.
On ne peut imaginer le climat qui règne en cette salle où siège un tribunal aux ordres de l’effrayant Roland Friesler. L’assistance est constituée de militaires, tous inféodés au nazisme. C’est partie perdue aux yeux d’une sagesse humaine. Ces pauvres enfants seront broyés. Condamnés à mort sans que soient respectés les cent jours habituels de délai. Ils se préparent.
Sophie et Hans recevront la visite de leurs parents, le père déclare avec tendresse : « Vous avez bien agi. Nous sommes fiers de vous ! ». Ces deux-là ont de qui tenir ! Un peu d’humanité donnera à l’une des gardiennes, la force de violer la loi : elle permet une dernière rencontre entre les trois condamnés. Une cigarette partagée sera le calumet de l’espérance car le Dieu de Jésus-Christ est leur force.  Sophie n’a que vingt et un ans, l’âge des projets et de l’avenir.

Il était nécessaire de restituer largement la dimension historique pour mieux mesurer les enjeux et recevoir aujourd’hui ce film comme un précieux cadeau dans un monde qui semble sombrer dans la désillusion.

Il a été construit à partir d’archives fiables. Techniquement, l’action se déroule avec une certaine lenteur. Tout est centré, à partir de l’arrestation, sur les interrogatoires. C’est un combat serré, terrible. Sophie ne se laisse jamais confondre, elle argumente. Elle renvoie son interlocuteur à lui-même, à ses choix, à l’image qu’il donne de lui-même. On la voit souffrir dans la solitude qui mène au dénouement final. Elle vit de la foi mais dans la nuit du doute existentiel : « Mon Dieu, je t’appelle et je ne connais rien de Toi ! ». Sa prière comme à Gethsémani, se fait plus pressante et - quel paradoxe -si peu assurée dans sa confiance totale :« Mon Dieu, je te prie mais je balbutie ! ».
Quelle maturité ! Elle est si jeune, si fragile et si forte. Où sont ses sources d’énergie ?

 

Ce film est lumineux pour nous.

Certes nous connaissons l’issue de cette période tragique mais nous pouvons recevoir la puissance du  témoignage qui nous est offert. C’est un hymne à la lucidité, au courage, à l’action, à la foi au Christ. 

Ces jeunes sont lucides. Alors que l’Etat nazi a pris possession des consciences en formatant de force et dès le jeune âge tous ses citoyens, il existe des êtres capables de voir autrement parce que leur regard ne s’est pas laissé enténébrer. Quand tous se soumettent passivement et paresseusement à l’autorité « qui a toujours raison », il en est qui invoquent leur conscience et font objection. Sophie et ses compagnons ont un discernement qui stupéfie mais aussi qui interpelle. Il faut l’entendre affirmer au tribunal la ruine à venir pour ce Reich déifié.

Ces jeunes sont courageux. Lucides,  ils ne sont pas irresponsables en s’engageant dans une réalisation nécessairement vouée à l’échec. Sans l’intervention du concierge et la malchance, ils auraient pu ne pas être repérés. Pas de suicide inconscient. Tout au plus de la témérité. Ils ont agi ainsi parce qu’il le fallait. C’était une exigence de cohérence. Plutôt tout risquer pour défendre les seules valeurs qui vaillent et demeurer écrasés sous l’oppression. Leur courage est sagesse. Il puise sa force au plus intime d’eux-mêmes. Au sens strict, ils ne sont pas des héros mais des êtres de dignité. Ils sauvent de la lâcheté ceux qui s’abandonnent à la médiocrité. Que serait le monde sans eux et ceux qui leur ressemblent ? Il est des situations où les valeurs à défendre importent plus que la vie elle-même. Ces valeurs sont vie.

Ces jeunes sont dans l’action. Ils ne se contentent pas de l’indignation pourtant nécessaire. La déclaration sans engagement, dans une telle  situation, demeure stérile. Ils savent que quelque chose doit être tenté mais pas n’importe quoi. Chez eux, nul héroïsme provocateur mais une stratégie élaborée servie par une tactique prudente. Sans la malchance,  tout aurait pu réussir. Ils sont habités par une authentique maturité. C’est étonnant à leur âge.

 

Ces jeunes, en particulier Sophie, sont d’authentiques disciples du Christ.
Ici pas d’ambiguïté dans ce qui fonde leur engagement et leur action. C’est à cause de Jésus. C’est la connaissance de son message, la force de son chemin de lumière qui donnent sens à ce qui apparaît comme « folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour nous il est puissance de Dieu » (1)  Leurs parents confirmeront ce choix lors de la dernière rencontre. C’est l’incarnation de cette vocation prophétique des chrétiens qui gémissent face à la violence et la fureur du mal agissant dans l’histoire. Ils attendent la libération en se tournant vers leur Libérateur qui ne trompe pas. Sophie en appelle à cette conscience éclairée par l’Esprit de Vie. Paradoxe qui nous interroge : leur conscience n’a pas été obscurcie par la position commune. Là où les responsables d’Eglise eux-mêmes, ont été défaillants, la liberté de l’Esprit Saint a assumé. Ils ont été rendus forts de la Force qui vient « d’ailleurs » et qui rend invincible puisque la mort elle-même ne peut pas atteindre cette certitude. Quelle démonstration fulgurante de ce qu’est le sanctuaire de la conscience quand il est disponible à la Lumière qui vient d’ailleurs !
Nous pensons à la promesse du Christ : « Quand on vous emmènera pour vous livrer […] ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit-Saint» (2) car dans certaines situations extrêmes « mieux vaut obéir à Dieu qu’aux hommes ». (3)
Ainsi, à tout moment au cœur de ce monde, des prophètes se lèvent. Ils ne craignent pas ceux qui peuvent faire périr le corps car ils se fondent sur Celui qui sauve par sa propre mort. (4)

Notre monde endormi peut estimer dérisoire ce témoignage. Il sera décalé pour certains, mais il exercera une fascination irrésistible sur d’autres, en raison même de nos médiocrités contemporaines. Reconnaissons que Sophie Scholl, les derniers jours n’a pas fait déplacer les foules.Il reste que pour des jours difficiles, cette jeune femme demeure debout dans une foi vive. Elle fait sienne les paroles du psaume 83 : « Heureux les hommes dont tu es la force, des chemins s’ouvrent dans leur cœur ». Quel souffle quand elle est face au président du tribunal qui éructe sans respect ! Son frère et elle osent lui annoncer que ses jours sont comptés. Nous revivons les grandes périodes telles celle des Macchabées face à Antiochus - Epiphane. C’est le message de l’Apocalypse en acte : l’Amour aura le dernier mot, notre foi vainc les forces de mort !

Cependant, ces figures qui puisent leur force dans le Christ nous conduisent à ne pas oublier celles qui, dans l’histoire des hommes, ont parcouru le même chemin d’insoumission,  de désobéissance et d’insurrection. La foi chrétienne donne un sens nouveau et indépassable mais il nous est précieux de nous souvenir que beaucoup, qui ne connaissaient pas l’Evangile, ont eux aussi, préféré obéir à leur conscience, à ce qui était pour eux juste et bon, jusqu’à sacrifier leur vie.
Sophocle nous donne le témoignage d’Antigone, figure présente à tous les temps. Elle résistera à la tyrannie de Créon afin que Polynice, son frère, soit honoré d’une sépulture qui respecte en lui l’humanité et qui soit obéissance à sa conscience plus forte que toutes les lois des hommes. En tout être vivant, Antigone est appelée à se révéler. Elle le fait parfois de façon inattendue. Situations qui sauvent nos sociétés meurtries mais qui mettent davantage en évidence celles, désolantes où le pourrissement gangrène, là où l’honnêteté, la vérité, la droiture devraient l’emporter.

Ce film apporte une grande espérance. Que deviendrait notre monde sans cette force d’insurrection qui soulève des montagnes ! Nous saluons le courage du réalisateur qui nous montre une page émouvante de l’histoire des Allemands. Elle nous donne la force de regarder l’avenir. Elle nous aide à fermer le livre du passé non sans avoir reçu un héritage précieux pour exister. Elle nous provoque face à nos risques de médiocrité, à nos lâchetés, à nos compromissions.

 

Arts cultures et foi des Yvelynes
Père Claude TOURAILLE
Délégué diocésain pour Arts-Cultures-Foi
Versailles

Arts Cultures Foi  du diocèse Versailles propose des analyses invitant à la réflexion à partir de films qui soulèvent questions et provocations. Il s’agit d’affiner notre discernement pour mieux répondre aux défis de notre temps.

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Vous trouverez aussi ce texte dans «Esprit et Vie» n° 143 et sur le site www.esprit-et-vie


En France, pour trouver lieux , salles et séances publiques : Allo-ciné
et la fiche du film sur ce site


 

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