Isabelle de Hédouville F
Peinture et foi - Les
7 péchés capitaux -

"Je mets mon arc dans la nuée..." Genèse
9.13
Est beau ce qui est beau intérieurement (Kandinsky)
L’histoire des triptyques sur «les 7 péchés capitaux» a
commencé par quelques lectures qui répondaient à de nombreuses
interrogations que je me faisais sur la faiblesse de tout homme, ses efforts
pour s’en sortir, vains quand il s’imagine combattre seul, fructueux
quand enfin il s’abandonne à l’Amour toujours présent.
«Les 7 Péchés Capitaux» sont donc le prétexte pour évoquer ce conflit intérieur. Il ne s’agit pas là d’une réflexion théologique mais d’un travail d’artiste. Travaillés sous la forme de 7 triptyques, ces tableaux représentent la transformation qui s’opère en tout homme qui ne désire plus souffrir. Ils représentent deux êtres avant et après ce combat, sur fond de nature, lieu de vie et reflet de nombreux sentiments. La manifestation de la souffrance, la force d’un combat caché ou avoué, une présence aimante, douce, vibrante, lumineuse; tout ceci est exprimé par une pâte vive, dynamique, variée selon les sentiments éprouvés.
Cette exposition a pour sous-titre une phrase de la Bible: «Je mets mon arc dans la nuée…» extraite du livre de la Genèse, la phrase entière étant: « Je mets mon arc dans la nuée et il deviendra un signe d’alliance entre moi et la terre». Car en effet la réalisation des tableaux s’est faite sous la forme d’un arc-en-ciel dont chaque couleur symbolise un des péchés. Pourquoi? Parce que l’arc-en-ciel est là pour nous rappeler l’alliance entre Dieu et les hommes. Chemin et médiation entre l’ici-bas et l’au-delà, pont entre l’autre monde et le nôtre.
Rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet. J’ai utilisé à la fois la symbolique de ces couleurs et les impressions qu’elles me donnent pour les faire correspondre à tel ou tel péché.
Exposition en l'Eglise de Saint Pierre de Montrouge (Paris 14ème) au
printemps 2005
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Commençons par le rouge, symbole de l’ardeur guerrière,
de l’action et de la passion. Il m’a semblé s’assimiler
complètement à la colère dont j’ai aimé représenter
l’aveuglement qu’elle crée. Un mur sépare le coléreux
de son entourage mais la lumière brille dans le combat. Lumière
qui lui permettra d’atteindre la paix qui le sauvera.
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COLERE |
J’ai choisi l’orange pour la luxure car on dit qu’il est
le point d’équilibre de l’esprit et de la libido. Si cet équilibre
se rompt il devient soit révélation de l’amour divin soit
emblème de la luxure et de l’infidélité. Les dunes
et leurs ondulations emprisonnent le corps jusqu’à devenir une
lourde couverture. Celui-ci est aliéné. Le vêtement devient
peu à peu léger jusqu’à libérer ce même
corps. Et merveille de la peinture, un corps «glorifié» se
dessine en second plan!
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| LUXURE Le corps est emprisonné, les courbes l'envahissent. Enfin il est glorifié |
Le jaune pour l’orgueil. Le jaune rayonnant, lumineux, ample symbolise
la jeunesse et la force mais également la présomption et ainsi
l’orgueil. Ici l’orgueilleux ne peut s’empêcher de
se tourner sur son passé, son oeuvre, et à la fois se change
en statue de sel et s’assimile à la montagne ou tour de Babel.
Il n’est plus que rigidité. Il lui faudra choisir un autre chemin
pour découvrir que l’on peut guider par son humilité. Dieu
donne sa gloire aux humbles.
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| ORGUEIL L'être - statue de sel - est assimilé aux montagnes - tour de Babel. On ne s'élève bien qu'avec humilité |
Le vert s’il est cassé, grisé, incarne la paresse paralysante
ainsi que la moisissure et la putréfaction. Or la paresse est une paralysie
de l’âme, une haine de l’homme contre sa propre grandeur
d’où un profond désespoir, une grande tristesse. Le marais
empêche l’émergence de la végétation, de la
vie. Celle-ci finit par percer. L’énergie revient par l’ouverture à Dieu,
par la découverte de sa vocation divine.
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| PARESSE Refus de Dieu, refus de la vie qui ne cesse de vouloir percer. Tendre son regard vers la lumière |
Le froid du bleu indique une force dirigée vers l’intérieur.
Le bleu est l’ami de l’ombre, du secret et surtout, s’il
est trouble, il représente la peur, la perte, le manque. L’avare
s’accroche à ce qui lui file entre les doigts, le sable gorgé d’eau
du bord de mer. Seul la découverte de la richesse du don, la confiance
en l’abandon lui apporteront l’assurance recherchée
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| AVARICE S'attacher à une vie qui ne cesse de filer entre les doigts. Trouver un nouveau point d'appui dans l'abandon. |
L’indigo, couleur des fruits écrasés, symbolise la rêverie à l’excès,
la fuite. La gourmandise en est une… il faut toujours plus pour fuir
l’essentiel. Elle empêche de regarder ailleurs. Le gourmand cherche
en vain une satisfaction dans les plaisirs excessifs de la table. Ce péché facile à commettre
est un manque de maîtrise de soi qui aliène la liberté.
Il faudra épurer, simplifier, se maîtriser.
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| GOURMANDISE Toujours plus pour fuir l'essentiel. Se maîtriser pour se laisser guider par l'arbre de la vie. |
Avec le violet règne l’oppression, la menace. C’est l’influence
exercée d’homme à homme par la suggestion, la persuasion.
Attitude typique des jaloux ou des envieux – le premier a peur qu’on
lui prenne ce qu’il a, le second désire ce qu’a l’autre.
Ce manque d’amour de soi, ce vide intérieur, c’est le gouffre
auquel le corps s’assimile. Il faudra suivre le mince rayon de lumière,
ténu mais permanent, pour s’en extraire et retrouver l’estime
de soi et la générosité.
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| JALOUSIE |
Dans chacun des tryptiques, la partie gauche montrant l’homme
dans sa souffrance, est peint en glacis. C’est l’homme dans
sa pauvreté – «Où te caches-tu?». |
L'arc-en-ciel est là pour nous rappeler l'alliance entre
Dieu et les hommes.
« Je mets mon arc au milieu des nuages,
pour qu'il soit le signe de l'alliance
entre moi et la terre. »
Gn 9.13
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Kandinsky a dit un jour : «Est beau ce qui est beau
intérieurement». Je vais donc témoigner devant vous de
ce lien étroit que je vis au quotidien entre mon métier d’artiste
peintre et ma vie spirituelle, lien vécu également par de nombreux
artistes.
Me voici donc devant vous pour témoigner à la fois de l’humble travail de l’artiste et de la grandeur de sa vocation, équilibre difficile à tenir s’il est vécu seul et sans appui. En effet s’il nous est donné de méditer devant des oeuvres dédiées à l’art sacré ou incitant à une réflexion spirituelle, il a fallu pour les réaliser des artistes qui croyaient en leur intuition ou qui étaient soutenus en ce sens.

Issue d’une famille de 6 enfants, j’ai eu la chance de bénéficier de l’amour de parents très croyants. J’ai toujours été frappée par l’ouverture au monde que la foi procurait à mon père dans ses engagements comme sur son lieu de travail. Il m’a ainsi montré que la foi doit être vivante, qu’elle n’est pas destinée à être cachée ni dans son travail, ni ailleurs (il avait fait sienne la parole du Christ: On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison).
Bien entendu il ne s’agit pas de tomber dans le prosélytisme, mais de témoigner par de simples actions et une réelle présence. Pour cela, alors étudiante, le soutien et l’impulsion d’un groupe m’ont été nécessaires. Tout d’abord à Rodez puis à Toulouse, en architecture, je me suis engagée dans un mouvement d’action catholique, la JICF, qui m’a beaucoup aidé face à l’athéisme ou la simple ignorance religieuse de nombreux étudiants en architecture. Puis j’ai poursuivi par l’enseignement de la catéchèse à Paris et maintenant je continue ma route en étant proche d’un mouvement charismatique: l’Emmanuel, attirée dès le début par l’attention humaine et spirituelle que ce mouvement porte aux artistes.
Si j’insiste sur ces étapes, c’est pour rappeler qu’il est très difficile d’être chrétien seul. Très vite, on court le risque de s’enliser. Je l’ai expérimenté pour ma part les quelques fois où j’ai «levé le pied». C’était sans doute des temps de recherche nécessaires à mon évolution mais c’était aussi des périodes bien pauvres spirituellement.
Tout ceci s’est donc déroulé sur fond d’études d’architecture et de travail. Après mon diplôme d’architecte en 1985, j’ai travaillé pour les Monuments Historiques dans le Midi. En 1987, je me suis mariée. Puis, au côté de José Ostria, peintre bolivien exposé dans des musées et collections aux USA, en Amérique du Sud et en Europe, j’ai découvert peu à peu ma véritable vocation: la peinture, qui depuis 17 ans m’habite.
C’est une merveilleuse grâce car j’ai été confrontée
depuis à deux dures épreuves. Nous ne pouvions pas avoir d’enfants,
nous en avons adopté deux. Puis mon mari est décédé il
y a 6 ans. Dans un cas comme dans l’autre ma foi et la peinture ont été mes
piliers, solides et indissociables.
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Isabelle de Hédouville F. est née en 1959. Dernière
d'une famille de six enfants, elle devient très tôt une sorte
de spectatrice du théâtre de la vie. Le Lot, sa terre d'origine,
lui fournit un lieu d'attache. Ses longs murs de pierres sèches et la
terre aride répondent à son besoin de méditation.
Sa quête spirituelle du moment trouve sa réponse avec son entrée
dans le mouvement d'action catholique JICF. Exigence d'une participation active à un
monde à évangéliser, écoute du prochain, reconnaissance
et mise en valeur des différences, prière seront pour elle des
points d'ancrage pour le chemin qu'elle va emprunter.
Plus tard, quand son atelier et ses enfants l'auront fixée à Versailles,
elle joindra à son travail de peintre une présence au Service
de la Catéchèse de Paris.
A l'issue de sa formation d'architecte, elle étudie le Thoronet, les églises
de l'arrière-pays niçois, le fort de l'île Sainte-Marguerite...
Ce travail de restaurateur développe en elle un profond respect pour
la matière et la vie qu'elle sous-tend. Elle s'imprègne de la
richesse des hauts murs du Midi frappés par une luminosité vive
et transparente.
En 1987, elle s'oriente définitivement vers la peinture. Formée
dans l'atelier de José Ostria, elle se nourrit des oeuvres de Géricault,
Rodin, Gauguin, Rothko. A la suite du décès de son mari, sa peinture
est peu à peu marquée par le combat intérieur qu'elle
vit et cette paix à laquelle elle aspire. Souvent l'existant s'oppose à ses
rêves, mais une union se forme, profonde, vitale, toute de patience et
de remise en question. Confronté aux exigences de la création,
son travail nourri de la nature et de la réalité humaine se trouve
placé au coeur d'une dynamique fertile, source de renouvellement
des formes et des couleurs. Cette recherche agit sur son oeuvre par la vibration
de la matière qui la compose et la lumière intérieure
qui en jaillit.
L'art est l'union de l'esprit et de la matière. C'est ainsi que pour
Isabelle de Hédouville. F, une couleur, un trait construisent autant
sa composition qu'une première ébauche, fruit de sa pensée.
Fréquemment conçues à partir de croquis, ses toiles vivent, évoluent
au cours de leur réalisation au gré de tel ou tel coup de pinceau.
Celui-ci est conservé, retravaillé. Esprit de décision
et humilité alternent chez elle en permanence. L'oeuvre demande tel
ton ou tel autre ; sa personnalité émerge. Elle peut vite s'épanouir
ou être créée dans l'espérance, poursuivie dans
l'effort, terminée dans la nuit. La pâte coule, s'arrête,
reprend, vibre comme un instrument de musique jusqu'à ce que la couleur
atteigne sa juste intensité. Sa touche est vive, sans concession, unissant
matière et transparence, ce qu'elle associe souvent à l'immanence
et à la transcendance.
Aperçu des expositions et activités publiques de l'artiste